Cap vert

Vers le Cap vert

Nous filons plein sud voile et moteur. 710 miles de la Restingua à Sal, en ligne droite, donc en théorie. La météo prévoit pétole molle en début de nav. Nous allons chercher le vent en se rapprochant des côtes de Mauritanie, en sachant qu'il ne faudra pas traîner trop près de l'Afrique car le vent forcit plus sud. Tout le monde s'accorde sur les quarts : Marceau Valérie, 20h00-23h ; Etienne 23h-1h30 ; Gabriel 1h30-4h ; Valérie 4h- 6h30 , Etienne puis Anatole reprennent à 6h30 et Gabriel assure le quart de sieste. Nous touchons du vent au largue le deuxième jour, suffisamment pour gréer le code 5 jusqu'au soir. Une petite voile blanche à l'horizon fait route plus à l'est, elle disparait au bout de quelques heures. Nous croisons le même jour un paquebot, dernier navire en vue jusqu'au cap vert. Il n'y a pas foule dans cet immense coin du monde. La deuxième nuit se termine au moteur, par pleine lune toute blanche, projetant sur la mer violette son faisceau de lumière.

Au matin du troisième jour nous touchons réellement du vent. Nous prenons une route plus directe, et sentons la houle jusque là très agréable, grossir. Le génois est tangoné à contre. Nous prenons deux ris dans la grand voile la troisième nuit, avec Gabriel au piano et Etienne sur le pont, réduisons de la toile à l'avant. Je ne bouge pas de ma couchette, entends que ça s'agite, questionne, débrouille des noeuds, reprends du mou, choque de la drisse, opération réussie en 30 minutes. La lune semble sortir tout droit des sables du Sahara, ocre orange, et lumière tamisée, belle compagne de nos nuits.

La houle grossit, nous arrive par l'arrière mais aussi de babord voire même de tribord ! Ce n'est plus de la houle croisée, c'est de la houle multidirectionnelle. La fréquence se raccourcit également, obligeant le pilote à de nombreuses embardées. Il tient bien la barre, sous toilé que nous sommes, deux pas d'un côté deux pas de l'autre côté. Breizh-île danse et roule dans les vagues, se fait chahuter, c'est de bonne guerre, bientôt accompagné d'un immense banc de dauphins voltigeurs et de poissons volants. Tient tient je ne vous ai pas parlé des poissons !!!!

Allez... le premier jour des touches. On s'améliore. La première, on y croit. Maceau va chercher le paquet "ça se fête", et Gabriel l'appareil photo. La ligne tire, la bestiole s'agite, l'hameçon dans la gueule, et se décroche ! Cinq minutes plus tard deuxième touche, on ne crie pas victoire, mais on y croit encore... décrochage. Nous installons un moulinet supplémentaire, ça augmente les chances non ? A la troisième touche les deux lignes s'emmêlent copieusement, puis la nuit tombe. Les poissons volants eux viennent se jeter tout seuls dans la gueule du loup, mais franchement, vu l'odeur, la petite taille et les roulis du Breizh-îles, la dizaine de poissons échoués retournera dans son élément...

Nous mouillons à La Palmeira au bout de cinq jours et cinq nuits, au petit matin, après avoir réduit au maximum de la toile pour de pas arriver de nuit. Socoa devrait nous y rejoindre, peut-être Pastaga et Bubule... et Christine tant attendue !!!

Sal

Premier contact avec le Cap Vert, premier dépaysement. L'Europe est derrière nous, et nous semble maintenant très loin. Nous mouillons entre des épaves et bateaux en tout genre et débarquons dans le village de pêcheurs à Palmeira. Rapidement des gamins viennent faire connaissance, avec leur planche de fortune et leur voile improvisée en toile tenue à bout de bras. Le poisson se vend dès qu'il arrive, sur les murets du port, où tout le monde s'active. C'est un village de pierre et de terre, très aride, l'eau s'achète au puits du village le matin par bidon de 20 litres. les Capverdiens nous voient passer, repasser, nous ouvrent leurs portes, et les gamins nous guettent pour se faire tirer par l'annexe debout sur leurs planches.

Un matin au réveil, Socoa, qui adore arriver quand on se lève, pointe le bout de son étrave. Brèves retrouvailles, nous filons sur Santa Maria, pour voir comment se présente ce mouillage à deux trois heures de nav, où nous attendrons Christine. Nous pêchons deux petites bonites, première pêche improbable avec une ligne des plus basiques, balancée à la mer sans y croire , au bout d'à peine cinq minute ! Premier pain réussi également, un vrai régal de brandade en tartine !

Beaucoup plus touristique, Santa Maria, c'est d'abord une plage de sable beige, et un lieu de planchistes. L'ambiance nous plait moins, mais la plage est belle. Petite virée en Aluguer (les taxis collectifs) et ça y est, Christine est là. Rendez vous réussi !!! Nous écourtons le temps au mouillage qui s'avère très rouleur, et partons vers Sao Nicolau de nuit, bien ballottés et bien ventés ...

Sao Nicolau

Nous mouillons au petit matin à Tarrafal, vite rejoints par une ribambelle d'enfants sacrément bon nageurs. Notre première impression de l île est bonne, et nous trouvons étonnant l'accueil du bateau français juste derrière nous, pressé de partir, n'évoquant que l'inconfort du mouillage, et les dérapages de navires. Nous installons une deuxième ancre par sécurité et partir tranquille à la découverte de l'île. Effectivement, nous allons nous régaler !

Nous faisons une première escapade en aluguer jusqu'à Vila da Ribeira brava, l'autre village principal, puis nous empruntons les petites routes pavées, qui nous emmenent vers des villages du bout du monde, Prai Branca, Ribera da prata...

L'accueil y est incroyable, les paysages sont magnifiques, les montagnes sont verdoyantes. Les portes s'ouvrent, jeux de cache-cache avec les petits, grand moment d'émotion avec les anciens des villages, et chair de poule quand les enfants et leur institutrice de l'école de Estancia Bras nous offrent une chanson d'accueil, et nous montrent leur classe... difficile de partir ! D'ailleurs on nous demande de revenir après notre marche jusqu'au village quasi abandonné de Ribeira Funda. Nous respirons le calme et la tranquilité des habitants, savourons leur doux accueil, assistons au dépeçage du mouton, de A à Z, en se disant que c'est mieux que les cours du CNED d'Anatole sur la digestion ! Nous déambulons dans les dédales des maisons, grimpons jusqu'aux villages perchés, par de fabuleux chemins de corniche, traversons les cultures, ...et nous dirigeons le soir à Tarrafal vers une dégustation de grogue maison, accompagnés d'ados finissant leur journée de cours.

Sao Nicolau n'est pas très touristique (peu de bateaux au mouillage, peu de pensions, pas de touristes croisés). Seul un cargo débarque pour la journée des visiteurs préssés (ils repartirons le soir ! ), entrainant une émulation dans Tarrafal, électricité coupée le soir au départ du navire...
Nous levons l'ancre le 1ier novembre non sans avoir vu la veille arriver Socoa le matin au réveil ! Jean et Silvia font maintenant partie du voyage ! Ils nous donnent un sacré coup de main pour relever les deux ancres qui ont fait cinq tours pendant notre petite semaine à sao Nicolau...Les vents qui descendent de la montagne en rafale, celui qui vient de la mer et les courants, tout cela fait tourner Breizh-îles, et ça fait des noeuds !!!

Allez, Tchao Sao Nicolau, petit bijou du Cap vert ! Et tchao Socoa, rendez vous à Mindelo ! Non sans avoir mis quelques photos supplémentaires dans l'album !....

Sao Vicente

Nous accostons le 1ier novembre à Sao Vicente au port de Mindelo. L'intérêt principal de l'île, c'est sa ville portuaire au fond d'une magnifique baie. Nous ne nous sommes pas amarrés à un ponton depuis les canaries, plus de trois semaines, et nous retrouvons l'ambiance si particulière des ports, ponctuée par des retrouvailles de bateaux venus des Canaries ou d'Afrique. Nous pouvons refaire le plein d'eau en continuant de nous rationner, car ici l'eau est également précieuse, même si l'approvisionnement de l'île est facilitée par l'usine de déssalinisation d'eau de mer.

Notre première impression est un sentiment de grande pauvreté. Il y a beaucoup de mendicité et les locaux sont constamment à la recherche de petits boulots, d'un coup de main, d'une réparation... et puis petit à petit nous tombons sous le charme, achetons nos salades de main à main dans la rue, nos bananes, tomates, coriandre, oignons, papayes et patates et autres fruits et légumes du coin dans un marché, cherchons une amarre dans une improbable cour où s'entassent féraille, cordage, ... Nous croisons des têtes connues, capverdienne ou voileux et le rythme est pris, on se met dans l'ambiance. L'ambiance de Mindelo c'est aussi ses séances de cinéma à l'alliance française, pleine à craquer de Cap verdiens venus voir "la môme"... Un régal !

Mindelo, c'est la musique traditionnelle dans les bars , "la morna", c'est la ville de Césaria Evora dont on sent partout la présence. Mindelo, ce sont les Capverdiens qui s'arrêtent pour danser ou chanter sur le pas de la porte du café casa où un petit groupe de musique traditionnelle tient en halène les goûteurs de punch. Mindelo c'est le marché aux poissons, le marché municipal tenu par des femmes qui vendent toutes sortes d'herbes, d'épices, de fruits et légumes aux consonnances exotiques. Mindelo, c'est finalement une ville haute en couleurs, de par l'origine des gens que l'on croise, de par l'effervescence qu'il en émane.

Mais c'est aussi l'heure du départ pour Christine, déjà !!! deux grosses nav plus tard et trois îles partagées, de sacrés bons moments, de belles découvertes et de belles rencontres. Nous pensons bien à elle en route pour Santo Antao... Allez, les retrouvailles en France vont venir vite ...

Santo Antao

Il n'y a pas de mouillages possibles à Santo Antao, c'est donc en ferry (le mot est éxagéré !) que nous rejoignons la dernière île du Cap Vert avant les Antilles. Nous trouvons un hébergement à Ponta do Sol, au nord, pour commencer. Pour commencer car nous n'avons pas pu quitter cette île au bout de quatre jours ! Une vraie merveille, un trésor ... Les paysages sont magnifiques, les falaises se dressent, verticales, verdoyantes, dans le nord de l'île. La côte est abupte presque austère, les chemins à flan de falaise sont de véritables défis à la nature. Les pêcheurs de Ponta do Sol s'engouffrent avec la houle pour accoster, avec force et adresse. Les barques s'entassent sur le parterre, et c'est la ronde de la vente de poissons qui commence.

Les soirées musicales attirent touristes et cap Verdiens qui font danser toutes les filles jusque tard dans nuit ! Augusto, El pescador se prend d'amitié pour Marceau et veut l'emmener pêcher sur sa barque ...

Nous organisons rapidement de mémorables randonnées. Depuis Xoxo (qui ne se prononce pas Xoxo!) que nous rejoignons en aluguer , nous grimpons dans la montagne jusque Estancia Velha accompagné par un villageois qui me raconte son histoire... Tout là haut vit une grande famille d'agriculteurs, ils nous accueillent à bras ouverts, l'un d'eux parle très bien le français. C'est une agriculture à main d'homme, à flan de montagne, murets de pierre jusque dans les pentes les plus abuptes... impressionant ! En redescendant nous croisons les plus grands qui reviennent de l'école , de Ribera Grande et qui font le trajet tous les jours ... Chapeau bas !

De ponta do Sol nous marchons jusqu'à Corvo en passant par Fonthainas. Ce chemin en pierre praticable en partie en aluguer, et qui longe la côte, est vertigineux. Le village de Corvo n'est accessible qu'à pied. Les deux villages s'accrochent aux falaises, les habitants entretiennent méticuleusement leur cultures en terrasse. Manioc, patates douces, choux, igname dans les lits des rivières, bananes, agrumes et la fameuse canne à sucre ...

Plus haut dans la montagne, nous découvrons des hameaux, qui parsèment le paysage. Le paysage... quel paysage ! de Pico da Cruz (1600m) à Paùl (au bord de mer), nous empruntons des chemins de crètes, avec des vues imprenables jusqu'à l'océan, nous descendons au milieu des caféiers, orangers, citroniers,goyaviers, et des plans géants de haricots et maïs, la base du plat typique "la cachupa". Nous descendons de Cova de Paùl un cratère parfait entièrement cultivé, par le sentier des 77 virages... A elle seule la route pavée (elles le sont toutes) qui coupe l'île, la route de la corde, est un roman à elle toute seule. 13 ans ont été nécessaires pour une vingtaine de kilomètres !!!

Chaque fois nous rencontrons des hommes ou des femmes qui grimpent, chargés de sac pouvant peser jusque 25 kg au moins, à dos d'homme ou à tête d'hommes ; des gamins avec leur âne font un bout de chemin avec nous, une vieille dame en haut d'une colline nous offre des oranges, ici, on nous invite dans une habitation, et là, on nous joue des airs de guitarre, en bas, on goûte un petit grogue, une vraie institution à santo Antao ! ...

Comment repartir après un tel accueil ? On a la tête ailleurs... Sodad, sodad....

Retour à Mindelo

Nous voilà de nouveau à Sao Vicente. Au port, les bateaux de l'ARC ( une transat dont une petite partie de la flotte part du Cap vert) remplissent les pontons. L'ambiance est au départ. Les équipages se préparent, et ça grimpe en haut du mât, et ça carène, range les voiles, fait le plein d'eau, de frais, actualiser les blogs....et black out. Le réseau électrique saute. Tout le quartier du port n'est plus alimenté. Préparation remise pour certains...

Nous passons du temps avec Socoa, Sylvia et Jean, que nous allons perdre de vue bientôt puisqu'ils partent sur la martinique. Nous retrouvons Holala, (les médaillés), bubule, et faisons bien sur de nouvelles rencontres. Nous profitons des derniers instants au Cap Vert, repérons les lieux de ravitaillement, profitons des soirées. On se dit que l'on reviendra, ici, à Santo Antao, et aux îles sous le vent, que nous n'avons pas pu faire... Les noms sont présents dans nos têtes, Santiago, Maio, Brava, Fogo...

La traversée de l'atlantique approche. départ le  21 novembre à priori, pour deux semaines, vers grenade, avec pour seul lien notre iridium, les bouquins échangés, un stock de CD, le CNED, et de sacrés images et sensations... Tchoa les Cap Verdiens....

"petit pays, je t'aime beaucoup, petit, petit, je l'aime beaucoup.... "