Madère

Une nav' houleuse

Nous avons 480 miles à parcourir au plus court entre Lisbonne et l'île la plus proche de l'archipel de Madère, Porto santo, autrement dit 3 grosses journées de nav. Nous sommes rapidement confrontés à une mer houleuse, cassante, de travers, avec quelques "monstres" par intermittence, qui reviennent, que l'on voit venir, qui pourraient, avec quelques mètres de plus, quelques forces supplémentaires engloutir notre petite coque de noix. Mais nous savons que nous sommes au plus fort des prévisions météo, que nous laissons le plus dur derrière, que la mer nous laissera passer... Le vent atteint force 7 établi. Les rafales sont en plus, sont en trop! Nous prenons d'abord deux ris puis trois. Les 24 premières heures s'avèrent assez pénibles, le pilote ne tient pas, obligeant Etienne à barrer, encore barrer, toujours barrer. Le lendemain matin, la mer se calme suffisamment pour permettre au pilote d'y comprendre quelque chose et de tenir son cap. Le vent s'adoucit, la houle semble moins impressionnante, le stress à bord retombe tout doucement. Nous sommes fatigués de notre "nuit blanche", du manque d'appétit, d'être traité si durement par la grande bleue. Maintenant Breizh-îles file sous vent arrière, stable, régulier, gite plus modérément dans les vagues, et la vitesse, raisonnable, nous grise, et nous rassure. La nuit de quart qui suit se déroule sans encombre, nous ne croisons pas grand monde. Gabriel s'extasie de voir 150 dauphins en prenant son quart. Nous finissons cette traversée au moteur pendant 18 heures !!! Pétole molle. C'est comme cela la mer... Terre en vue au bout de 3 jours et 5 heures... contents d'être arrivés, bientôt pressés de repartir, car c'est aussi cela la mer...

Porto Santo

Un cailloux, un petit cailloux aride, vieux volcan largement érodé, sombre, émerge des flots au milieu de nulle part. Porto Santo, c'est la grande soeur de l'île de Madère, toute comme Maurice l'est de la Réunion. Sa longue plage de 9 km est réputée, il paraît même que le sable brun ocre a des vertus thérapeutiques. Nous mouillons devant, pour une nuit, profitant d'une météo clémente, saisissant cet instant de calme avant de rejoindre le petit port le lendemain. Surprise ! C'est la fête du vin place des palmiers à Vila Baleira. Si, si nous arrivons pile pour les deux jours de la fête du vin : photo à l'appui !!! On vous jure qu'on ne savait pas !!! Et puis vous vous en doutez bien, sur une plage pareille, dans une eau pure et translucide à plus de 20 °C, nous passons le deuxième jour à se baigner entre deux petites explorations (belvédère, plage de la pointa da calheta apparemment riche en poissons, balade à Vila Baleira..

Un petit clin d'oeil à Claire et Matthieu : Après un beau jeu de cache cache on a trouvé Elliot !!! Et puis, comme dans toutes les histoires de voyage en bateau, cela a fini par arriver. A peine le CNED terminé, deux petits coups dans la coque du bateau en guise de sonnette nous font mettre le nez dehors. C'est Tidom, deux jeunes retraités qui nous ont repérés avec notre discrétion habituelle. Ils sillonnent les mers depuis 4 mois de St brieuc à Porto Santo en prenant leur temps... Nous les retrouverons à Madère normalement...

Madère

Nous rejoignons l'île de Madère samedi 24,08 après une petite navigation de quelques heures ballotés par les vagues et baignés dans la brume. On se croit dans un brumisateur géant lorsque l'on passe la pointe Saint Laurent, l'extrémité est de l'île, aride et caillouteuse. C'est là que nous amarrons le Breizh-île, dans une petite marina qui incite au farniente, la marina Quinta do Lorde.

Nous profitons de la grisaille toute relative des trois premiers jours pour se ravitailler et se restaurer : ça c'est vital ! , bricoler : ça aussi ca peut être vital, se baigner dans la bleue houleuse en regardant passer les cachalots. Petits ailerons dorsaux qui peuvent faire d'abord penser à des dauphins, et jets bien caractéristiques, nous les distinguons de plus en plus nettement, on en oublie même de se baigner !

Une terre de contrastes

On aime aussi les randos. La pointe Saint Laurent mérite bien les quelques heures de marche en pompes rudimentaires. Les coulées de laves offrent un spectacle de toutes les couleurs. Du bleu qui frise le violet , de l'ocre qui vire au rouge, des gris, des noirs intenses, et des blancs qui verdissent... La terre a des sacrées couleurs ici ! Les falaises s'érigent en arc en ciel. La mer s'éclate en mille gouttelettes à la côte au vent, s'engouffre dans des souffleurs et se recrache, elle rogne les falaises les moins durcies par la lave, et offre un seul petit mouillage coté peinard, côte sous le vent, où mouille un voilier solitaire.

Levadas

Changement de décors, et rando dans les lévadas. Ici c'est la flore qui explose. Nous longeons les canaux d'irrigation au milieux d'une flore exubérante, entre exotisme, falaises de verdures vertigineuses, tunnels dégoulinants creusés par l'homme où s'écoulent les lévadas ... pour arriver au chaudron vert. Non, non il n'y a pas de potion magique...quoique. Ce trou dans la roche d'où se jette une cascade qui creuse un bassin, vivifie même ceux qui ne se baignent pas. En clair, on emmènerait Anatole au pôle nord qu'il se jetterait comme même dans l'eau.

 

Dans les hauts...

Une petite "Réunion" et une grande rando. Del pico do Areiro 1816 m au pico Ruivo 1862 m mais 1450 mètres de dénivelé aller retour. Cette rando aura raison des chaussures de Marceau...et de mes mollets... Bon... c'est bien sécurisé ! Et c'est tout simplement grandiose. Nous cherchons les cratères à l'origine de cette île où il fait si doux toute l'année. Nous faisons connaissance avec la perdrix rouge de Madère.

La perdrix rouge de Madère est un animal pacifique doté de deux ailes, un bec, des plumes, deux pattes et deux yeux...mais pas de nez ni d'oreilles. Vous l'avez deviné, la perdrix rouge est un oiseau. Un oiseau comestible. Entre le dodo pour sa maladresse à l'atterrissage et au décolage, et la poule d'eau pour son cri ! Si on peut appeler cela un cri ! Bref, la perdrix rouge comme je le disais, mange du pain, du saucisson (pas à l'ail) mais elle déteste le fromage. Elle sautille maladroitement sur les chemins et lance des regards interrogateurs aux petits poucets qui ont oublié leurs cailloux blancs. Cela vaut bien une photo !

Hors des sentiers battus...

Forcément ! Nous aimons les routes parallèles et y allons parfois volontairement. Notre guide papier (nous en avons un ! ) nous envoie vers les piscines naturelles de porto Moniz. Honnêtement, allez y mais ne vous y attardez pas. Allez plutôt à celles de Seixal sur la route de Sao Vicente. Vous y rencontrerez quelques Madériens qui se baignent dans deux bassins idylliques ... et vous ferez exactement comme eux ! On parie ?

Et puis il y a tant d'autres choses à faire à Madère. Prendre le temps d'une pause à Porto da Cruz, et jeter un petit coup d'oeil à l'intérieur de la distillerie, parcourir les impressionnants tunnels de laves... Flâner à Camara de lobos , un petit port où l'on peut rester des heures en compagnie des gamins qui se jettent de la jetée, se font ramener par les vagues, sauver par les grands frères vigilants, rudoyer par le grand-père qui tente pour la cinquième fois de redémarrer sa barcas pour partir à la pêche, et gare à l'hélice ! ... observer les cultures en terrasse où poussent bananiers, raisins, mangues, fruits de la passion, chouchou et la liste serait si longue.... car on trouve de tout à Madère.... Faut juste parfois savoir chercher.
Etienne le sait bien. Quand il a fallu refaire de la plomberie. Y'avait pas dans la caisse à outils les raccords de plomberie ! Bon, Leroy Merlin en portugais se dit AKI. Ca peut servir ! Quant à nous, nous avons décidé de couper le groupe eau quand on s'en va et quand on y pense ! Manquerait plus qu'une cuve se vide de nouveau dans la cale à cause d'une fuite à la douchette de pont !

Funchal aux différents visages

La capitale de Madère. Ca grouille de monde. Nos pas nous emmènent au marché des laboureurs, au jardin botanique d'où nous ramènerons de piquants souvenirs, dans les ruelles pavées, sur les bords de mer, au petit port où l'on voit bien qu'effectivement, il n'y a pas de place ... Funchal, Nous y allons et nous y revenons, car Funchal c'est une ambiance particulière, qui grignote son territoire sur les flancs escarpés caressés par les vents venus du Sahara. Et puis nous prenons de la hauteur cherchons des racourcis, nous égarons sur les routes en corniche en respirant l'odeur d'eucalyptus...

Et puis nous nous préparons au départ. L'appel du large, de nouveau... Oh, nous n'allons pas très loin ! Nous rejoignons les îles désertas le 6 septembre à deux heures de nav de Caniçal. Trois petites îles protégées, inhabitées, où nous mouillerons deux nuits . Puis deux journées de nav nous attendent pour rejoindre les Canaries ... où nous commencerons par ...du mouilage. Besoin de solitude peut-être... Et bien sûr pas d'internet !

Les îles Desertas

Nous quittons l'île principale de Madère pour les "désertas" dans un festival animalier. On se croit presque dans un reportage des "animaux du monde" ! Dauphins en nombre impressionnants, et c'est peu dire, et c'est toujours pareil. La même vibration en les regardant. Mais aussi de nombreux oiseaux de mer, et des cachalots. Plus farouches, ils ne se laissent pas approcher de près, malgré nos nombreuses tentatives. Peut-être est-ce une bonne chose, c'est gros un cachalot ! Il nous faut à ce rythme là cinq heures pour rejoindre le petit, tout petit mouillage au pied d'une falaise de 400 mètres, inaccessible. Rien à part une maison de gardiens, avec leurs deux bateaux à l'ancre. La tranquilité absolue. Jusqu'au lendemain....Un bateau , deux bateaux ...puis dix puis beaucoup de monde pour les 25 ans de la création de la réserve. Ici vivent des oiseaux protégés et ...des phoques que nous observons une fois le calme revenu ! C'est aussi l'occasion de faire connaisance avec Bubule. Une famille de 4 partie pour un tour de l'Atlantique...