Canaries

De Madère aux Canaries

La nav pour Graciosa un îlot au nord est des Canaries proche de Lanzarote, ne doit prendre que deux jours... On a quelques vivres, beaucoup de films depuis qu'on a ouvert "soirée télé" et un orque fait maintenant partie du voyage (clin d'oeil à manuhia ! )... Nous sommes pressés d'arriver. 15 à 20 noeuds de vent, rafale à 25, et houle de travers. Sous grand voile et génois, Breizh îles file bien. La terre s'éloigne doucement, il n'y a plus qu'à patienter. La houle fatigue, surprend au moment crucial où la mère fout le feu au supermarché dans Malavita. Nan ! et si ! Ca s'appelle prendre une rincée plongée dans un roman !

Breizh-îles marche trop bien. A ce rythme nous arriverons en pleine nuit au mouillage. Pas bon, il faut ralentir. Nous prenons deux ris dans la grand voile et nous enroulons le génois.

Les nuits sont sans clarté, la mer est toute noire, la lune ne se montre que très brièvement, petit quartier d'orange vite reparti. Orange sanguine ! L'oreille prend le dessus, s'habitue au bruit de l'eau là tout près, aux grincements familiers des bouts qui tirent dans le mât, au souffle du vent qui forcit, à la coque qui tape... Nous ne croisons personne avant la fin du deuxième jour, de loin. Nous confondons le scintillement des étoiles avec d'éventuels feux de navires, même en rinçant les lunettes à l'eau douce... Les étoiles filantes ne se confondent avec rien, elle surprennent tout simplement... Puis terre en vue. De nuit d'abord, une île dont les lumières s'étalent au fur et à mesure de notre approche et que nous laissons à tribord, une autre à babord inhabitée, puis c'est la bonne, au petit matin. Content d'être arrivé avec le sentiment que notre nav la plus courte était sacrément longue ! C'est ça d'être pressé !

 

Graciosa

Mouillage au petit matin parmi une quinzaine de voiliers. Un sans faute, un mouillage parfait, rien à redire, comme on les aime. A Graciosa on trouve la mer, du sable, des cratères, de la roche volcanique un tout petit village tout blanc, de pêcheurs, quelques touristes qui semblent hors du temps, et ... des copains. Des copains de la mer venus de partout. Un vrai régal qui inciterait presque à faire comme Amadéus, rester là jusqu'à épuisement des sources vitales. Mais nous avons la bougeotte, et envie de voir du pays. Nous projetons des retrouvailles pour les prochains ports ou mouillages, pour les prochaines randos ...

 

Lanzarote

Lanzarote, c'est une terre de lave, des champs de pierres volcaniques, de la poudre de cendre, des coulées pétrifiées. Toute l'île est le reflet d'une actvité volcanique intense. En 1730, le volcan entre en éruption pour 6 années, alors forcément nous allons voir cela de plus près au parc national de Timanfaya, et "las montanas del fuego" où tout semble intact.

La lave est sous nos pied, nous en voyons en fusion à 4 mètres en dessous. Le site est grandiose, uniquement accessible en bus organisé. Il y a des cratères partout autour de nous, des cheminées rouges et noires, des coulées vraiment impressionnantes, jusqu'à la mer, un vrai cahot... Tout est sec, resté à nu. Rien ne pousse ici.

Sur l'île en général, il y a peu de végétation. On trouve des cactus, plantes grasses, palmiers, broussailles et flamboyants dans les villes toutes blanches, peintes à la chaux. Il ne pleut pas ou si peu, et les habitants développent la culture sèche (patates, raisins qu'ils font pousser dans des trous, figues de barbaries ...)

A faire également, La villa de Cesar Manrique aménagée pour se fondre dans le paysage ; le tube volcanique, long de 10 km formé il y a 5000 ans (hier quoi!) visitable sur 1 Km et qui aboutit sur une salle de concert...et ...chut, surprise !

Mais il est déjà temps de repartir, la route des volcans est riche et longue, direction donc Gran Canaries, et le port de Las Palmas, 16 heures de nav... Départ prévu le 17 après midi. Pastaga est déjà là bas...

Gran Canaria

Une pleine lune et une luminosité étonnante accompagne notre trajet vers Las Palmas de Gran Canaria. Nous avons l'impression de naviguer au crépuscule toute la nuit. La visibilité est étonnante, elle facilite les quarts de nuit. Nous arrimons le Breizh-îles aprés une longue attente et un accueil mitigé dans une place qui rentre au chausse pied. Vive la solidarité des pontons et quand ça chauffe peu importe en quelle langue, tout le monde se comprend ! Sauf "No Stress", le marinéros à lunettes dont vous avez entendu parler !

Nos retrouvailles avec Pastaga et Mentalo sont immédiates, nos rencontres sur la plage du soir s'étoffent, avec des gens échoués ici pour peu de temps ou bien il y a fort longtemps, jamais repartis, ... Les pontons sont ici chargés d'histoires, des histoires de marins, des histoires de bateaux, des histoires colportées de ports en ports qui se recoupent, se nourissent d'elles mêmes...

 

Chez Christophe Colomb ...

La palmas est aussi le lieu pour nous du ravitailement pour les deux prochains mois, une étape nécessaire avant les deux prochaines grandes traversées. C'est un port énorme, et une grande ville, de mon point de vue, un lieu de passage...

Nos balades dans l'ile nous emmènent au coeur montagneux, avec El Teide en arrière plan, le point culminant de Ténérife, notre prochaine étape. Nous tombons en plein dans une fête de village, la fête de la vierge, nez à nez avec  les habitants en costumes traditionnels, et visitons l'incontournable et belle maison de C.Colomb...entre autres bien sûr !

Ténérife

La marina de Santa Cruz de Ténérife nous semble à taille humaine. Le 23,09 nous accostons. Santa Cruz est agréable pour se balader, l'accueil très sympa, c'est une grande ville sans en donner l'impression. Nous y séjournons plus d'une semaine, le temps d'aller crapahuter sur le volcan, immense, grandiose, de flâner dans des villages, Orotavia, La Laguna... et sur la petite plage sans touristes, dégotée par les jeunes, pour s'essayer au body bord, à Roque de las bodegas, trois maisons et un restau de pêcheur, et la fameuse plage de sable noir aux rouleaux de neige...

Ténérife est plus arrosée, c'est net, nous retrouvons un peu de verdure. Eucalyptus, flamboyants, bananiers, rhododendrons, palmiers et pins dans les hauteurs...

El Téide culmine à 3700 mètres et le belvédère offre des vues plongeantes tantôt dans la mer, tantôt sur les coulées de laves, les falaises et les nombreux cratères. Nous distinguons nettement La Palma, La Gomera et El Hierro perchés de la haut, et Gran Canaria au loin. Les couleurs sont fabuleuses, à dominantes rouge, ocre, noir, et même blanc. Le paysage est lunaire, les pierres noires projetées sont toutes légères, comme nous ....

Le paquet de chips gonflé à bloc à 3000 mètres implose dans le téléphérique qui nous monte à 3400 m. Un téléphérique bondé ...plus un bruit ! silence complet et mines appeurées ! C'est malin ! Petit regret de n'avoir obtenu l'autorisation pour gravir les 300 derniers mètres qui mènent au cratère. Mais le parc du volcan permet d'autres randos ou l'on ne croise personne.

Nous faisons de nouvelles rencontres. Nous entendons parler d'une nouvelle marina à Garachico impossible à joindre, et projetons de s'y aventurer le 3 octobre. Etienne jette un coup d'oeil dans le moteur, pour s'assurer des niveaux, et faire une inspection en prévision des deux prochains mois sans réels shipchandlers ! Surprise ! le deuxième alternateur pendouille, les deux fixations cassées nettes, bien à ras pour que l'on ne puisse pas enlever les boulons restés fixés dans le bloc moteur. Une courroie a sauté... Rien de grave, mais nous n'avons pas l'outillage. Le marinéro du port nous donne le téléphone d'un gars qui est ... au fond de son lit. Coup de chance Etienne croise dans un ship, un petit bonhomme plus tout jeune, en bleu, les mains toutes noires et disponible ! Notre homme, et une belle rencontre...

La vie à bord est maintenant bien rodée. CNED le matin sauf exception (nav ou rando ou ...) puis découverte en tout genre, et gestion du quotidien. On peut dire que nous avons trouvé notre rythme de croisière... Nous partons le 4 octobre non sans avoir recroisé quelques bateaux copains fraîchement arrivés. Grachico, ou le mouillage proche sera la dernière étape de Ténérife, normalement...

"Les petits poissons dans l'eau...."

Nous avions décidé d'aller jeter un coup d'oeil à Garachico toujours sur l'île de Ténérife et nous y sommes allés...

Pendant la nav Etienne décide de prendre les choses de la pêche en main. Nous avons successivement perdu depuis notre départ des bas de lignes, lignes complètes puis carrément le moulinet et cela agace ! forcément quand on salive d'avance à l'idée de manger du poisson frais, quand on admire les étals bien garnis des marchés, on se prend à rêver d'un thon rouge cuisiné à l'antillaise, mijoté à l'impro avec les moyens du bord, ou sur une plage en barbecue avec les copains de la mer admiratifs et heureux... Donc Etienne dégote à Ténérife une canne pour toutes situations, entièrement montée, équipée d'un leurre qui ne laisse aucune chance au moindre poisson affamé.

Notice : "le légendaire "original Floating" est le leurre le plus populaire et le plus vendu au monde. Il est très versatile, il travaille de la surface au fond et il s'adapte à n'importe quelles vitesses de récupération. Il est fabriqué en balsa et sa nage Rapala simule à la perfection celle d'un poisson blessé. Il attire toutes espèces de poissons. " Vous pouvez obtenir des compléments d'informations sur le site rapala.com...

Donc Etienne laisse filer tout ça, et attache correctement la canne. Nous croisons un premier casier de pêcheur ce qui rassure quand on pêche mais qui ne rassure pas quand on a une ligne qui traîne. Bingo, au deuxième casier bruits bizarres dehors. J'entends Etienne enrouler le génois promptement, c'est à dire vraiment très très rapidement, ainsi que des bruits inhabituels difficiles à décrire. Au bout du rouleau, la ligne casse. Mais cette fois ci, nous n'en restons pas là ! demi tour ! Une fois, deux fois et la troisième est la bonne. Une bonne trajectoire avec Etienne à la barre, moi à plat ventre pour le bon coup de crochet, nous sortons rapala bien planté dans le bout du casier. Une bonne bagarre pour récupérer ligne et hameçon s'en suit, Etienne à la tenue de bout lors de l'eau, moi à la multiprise avec plantage d'hameçon dans la main gauche déjà bien attaquée par les brûlures de bouts tous rêches, le tout en pleine digestion de pâte à la carbonara, sauce toute faite en brique, et tout à fait indigeste ! On regroupe le tout sur le pont et Etienne passe la fin de journée à tout démêler, pour en perdre finalement une partie... Ce qui est sûr c'est que ça occupe la pêche ! ....

"Les petits poissons dans l'eau, nagent nagent nagent nagent nagent, les petits poissons dans l'eau, nagent aussi bien que les gros ........"

Suite à cet évènement, Gabriel très amusé de nos déboires (il préfère la viande) envisage d'ouvrir une rubrique spéciale ...

Garachico

Nous n'arrivons pas très tôt à Garachico avec nos mésaventures de pêche, mais tout de même avant la nuit (bon tout juste) On espère pouvoir entrer au port, que nous n'arrivons toujours pas à joindre, car le mouillage ne sera pas possible du fait de la houle et de la nuit...

L'approche est étonnante, puis stressante. Nous longeons la jetée, distinguons la bouée verte, mais ne voyons pas du tout comment on peut rentrer là dedans !!! Pour info, quand on rentre dans un port les bouées vertes sont à laisser à tribord et les rouges à babord. C'est inversé en sortant et ce sera inversé aux Antilles !!! Nous cherchons donc le chenal... Nous devinons non sans inquiétude une petite , toute petite passe entre des rochers où vient se briser la houle. La bouée rouge, de la taille d'un nez de clown flottant sur l'eau est maintenant bien visible. Une fois le Breizh-île emmanché dans la passe il ne reste pas plus d'un mètre de chaque côté. Faudrait pas devoir faire demi-tour ! Plus inquiétant...le fond ! Nous passons finalement dans 3m30 en rase cailloux, prêts à bondir, puis le fond remonte doucement et nous repérons des places. Ouf ! L'accueil par un gars de la sécurité est glacial. Nous restons une nuit de plus pour visiter la ville en journée qui vaut vraiment le coup du déplacement... en sachant que le départ sera aussi à marée basse, en connaissance de cause !

Allez tchao Ténérife, tu nous as bien plu !!!

La Palma

C'est une petite île moins touristique que les autres mais qui ne manque vraiment pas de charme. Ici tout est très tranquille. Nous accostons le 6 octobre au port de Tazacorte (sans encombre ! ), petit port de pêcheurs, et dont la ville en hauteur se trouve au milieu des bananiers. En baladant en voiture nous nous rendons compte de l'importance des cultures de bananes. Il y en a partout ! Mais il y a aussi des vignes, des agrumes et autres culures. La Palma est plus verte que toutes les autres îles où nous sommes passés. Un petit air de Madère... des pins dans les hauteurs, des Eucalyptus, flamboyants, cactus, rhododhendrons, bougainvilliers, fougères géantes... Nous aimons nous balader sur les quelques petites routes sinueuses où il n'y a personne, sur les routes cotières où tout le monde se connait, dans les villes très colorées comme à Santa Cruz de La Palma. Nous aimons La Palma aussi pour son cratère qui sort des nuages en falaises vertigineuses, où un laboratoire d'astro physique européen s'est installé, d'où nous pouvons contempler El teide. Nous aimons La Palma, si paisible, si différente, peut-être plus authentique...

Nous la quittons le 13 pour El Hierro, encore une histoire de volcan, le dernier est sous marin à 1 KM au sud, et crachait encore l'année dernière... notre dernière étape avant le cap Vert...

El Hierro

La plus petite de l'archipel et la moins touristique de toutes, elle est aussi la plus sauvage. Nous nous installons quatre jours au petit port de pêche de la Restinga parmi les barcas de pêcheurs et peu de voiliers. 10 000 habitants sur toute l'île, tout le monde se dit bonjour, gens de passages y compris ... On nous raconte de suite l'histoire du volcan sous marin, de l'évacuation des habitants pendant une semaine, et découvrons les routes parfois vertigineuses en terre battue, et les forêts de pins. Nous dégustons différentes variétés de poissons achetées pour trois fois rien en guêttant l'arrivée des pêcheurs... Un bel accueil, une bonne ambiance sur cette toute petite île de lave. Nous nous préparons pour notre traversée jusqu'au Cap Vert, départ le 17.10 pour 5 à 6 jours de nav. La météo est bonne, pas trop de houle en prévision.

Nous mouillerons d'abord sur l'île de Sal, et n'aurons pas facilement internet avant Mindelo dans quatre semaines. Donc pas de stress, si pas de nouvelles... et à bientôt, pour le Cap Vert !!!